dimanche 17 avril 2011

La peur du vide

Les fils Moubarak, Alaa et Gamal, ainsi que le père Hosni, ont été arrêtés et placés derrière les barreaux de la prison de Tora au sud du Caire. Ils sont allés rejoindre, pour une durée de 15 jours, les membres de la dernière équipe gouvernementale le temps que les investigations se développent sur les accusations de corruption, d'enrichissement illégal, et de violences sur manifestants. Pour rappel, 800 personnes sont décédées du fait de la répression policière lors des 18 jours du soulèvement populaire.
Une corde de potence décore la vitre arrière d'un taxi au Caire.
Le jugement de la famille Moubarak était l'une des demandes principales des jeunes du 25 janvier, qui satisfaits, ont renoncé à l'organisation d'une manifestation massive place Tahrir, vendredi dernier 15 avril. C'est aussi pour eux une prise de position claire de l'armée : ces poursuites judiciaires démontrent que les efforts tous azimuts pour faire triompher la contre-révolution observés ces jours derniers comme la tentative d'instaurer un climat de sédition confessionnelle, n'ont pas porté leurs fruits. Même si un doute subsiste quant à la suite qui sera donnée à ces emprisonnements. Le procès sera-t-il vraiment mené à terme ou fera-t-il l'objet, comme cela a souvent été le cas dans le passé quand des personnalités de l'ancien régime étaient éclaboussées par des scandales, de manipulations diverses pour les blanchir? En réalité, cette dernière issue semble désormais peu probable.
Pendant 30 ans de règne, le régime Moubarak a su écraser dans l'œuf tous les germes de la révolte provoqués par sa toute puissance, au point d'annihiler la conscience politique de la population. Mais celle-ci vit aujourd'hui une jubilation qui la conduit aux extrêmes. La soif de vengeance est ainsi très palpable à Charm-el-Cheikh, station balnéaire où l'ex-raïs résidait la majeure partie de l'année, faisant de la vie quotidienne des citoyens ordinaires un cauchemar tant le harcèlement et les humiliations étaient devenus courants dans le souci d'assurer la sécurité de la cité.
La peine de mort étant en vigueur en Égypte, des voix s'élèvent pour réclamer que Moubarak subisse la pendaison. Le président de la Cour d'appel du Caire, Zakaria Shalash, a d'ailleurs déclaré il y a quelques jours que le procès de l'ancien président pourrait durer un an et conduire à la peine capitale. De quoi figer d'effroi la population. Difficile pour elle d'imaginer que cet homme devenu au fil des années une composante de l'inconscient collectif par son omniprésence, puisse être ainsi être froidement éliminé. L'idée est improbable mais elle provoque une peur panique. Celle d'une perte d'identité pour des millions d'Égyptiens, avec un immense vide dans lequel ils imaginent mal qui pourrait s'engouffrer.
Cette peur du noir explique aussi la popularité de l'actuel secrétaire général de la Ligue Arabe, Amr Moussa, candidat à la prochaine élection présidentielle. S'il représente par bien des côtés une personnalité de l'ancien régime, il s'est aussi montré critique à son égard ces dernières années. Et finalement, son accession à la fonction suprême constituerait un compromis qui donnerait à la chute de Hosni Moubarak la forme d'une semi-révolution, en attendant que la vie politique gagne en maturité. C'est qu'on ne se débarrasse pas si facilement d'un Moubarak, alors la révolution a encore de belles années et bien des soubresauts devant elle.

dimanche 10 avril 2011

Moubarak clame son innocence

Deux mois jours pour jour après son dernier discours, Moubarak a reparlé aux Egyptiens. C'est aussi deux jours après la grande manifestation du vendredi 8 avril qui réclamait son jugement pour enrichissement illicite.
L'enregistrement a été diffusé sur la chaine de télévision Al Arabeya, à capitaux saoudiens. Rappelons que Moubarak est censé être sous mandat d'arrêt et qu'il est assez étonnant qu'il puisse malgré cela avoir accès aux médias. D'où la supposition que l'Arabie Saoudite a fait pression sur les forces armées pour faire passer le message. Pays où il s'est rendu au moins deux fois depuis sa chute, pour traitement médical. De sa résidence de Sharm El Cheikh, la traversée de la Mer rouge ne dure que deux heures pour atteindre les côtes saoudiennes.
Alors qu'a-t-il dit? Tout simplement que les allégations selon lesquelles il se serait enrichi à profusion pendant ses 30 années de mandat présidentiel sont archi-fausses. Il promet même de poursuivre en justice ceux qui prétendront le contraire dans le futur. D'ailleurs il n'aurait "qu'un seul compte dans une banque égyptienne" mais selon d'autres dires, engagé cinq avocats britanniques pour le défendre. Il doit se rappeler que des pays européens comme la Suisse ont été les premiers à déclarer le gel de ses avoirs sur leur territoire. Son intervention provoque pour l'instant de la colère. "Comment a-t-il osé s'adresser à nouveau aux Égyptiens?" se demandent les activistes encore sur la place Tahrir après les heurts avec l'armée samedi à l'aube. Peut-être pour tenter d'unifier les Égyptiens, alors que l'armée rencontre des dissensions internes sur l'orientation à donner aux changements politiques. Moubarak qui a déclaré lors de cet enregistrement avoir quitté le pouvoir pour sauver le pays, espère-t-il reprendre les choses en main pour éviter les divisions? Beaucoup de questions se posent et la réaction de l'armée est très attendue. Car il est temps qu'elle prenne une position claire. Qui soutient-elle exactement?

samedi 9 avril 2011

Contrer la contre-révolution

Le nouvel appel à une "manifestation du million" a inquiété les autorités hier, après le succès de la semaine dernière. Signe de la tension ambiante, un hélicoptère de l'armée a surveillé pendant plusieurs heures la place Tahrir dés la fin de matinée, après la traditionnelle prière du vendredi. Le dernier survol remontait à début février. Dans l'ensemble du pays, le nombre de manifestants aurait atteint les 500 000 personnes. 
Des militaires défendent la révolution.
La veille, les révolutionnaires ont obtenu une nouvelle avancée avec l'incarcération de Zakareya Azmi, le chef du cabinet présidentiel sous Moubarak. Il doit rester 15 jours sous les barreaux, le temps que la justice comprennent comment il a pu accumuler autant de bien immobiliers avec son seul traitement. D'autres arrestations viendront, dont celle de Safwat El Sherif, personnage perçu comme l'un des plus répudiant de l'ancien régime, président de la chambre basse du parlement et ex-ministre de l'information. Fathi Sourour, pendant  20 ans président de l'Assemblée du peuple (chambre haute) doit aussi être inquiété. Avant, les juges interrogeront  Gamal Moubarak sur l'origine de sa richesse.
Mais ce que les manifestants voulaient surtout, c'est le jugement de Moubarak. Ces derniers jours les  vendeurs de rue proposent même des cordes de potence miniatures, et place Tahrir hier se tenait la 2ième phase de son procès fictif présidé par un magistrat de la Cour de cassation. Un appel à une marche vers Sharm El Cheikh, à 500 km du Caire, où réside le président déchu à même été lancé.
Autre demande sur la place Tahrir  : le départ du maréchal Tantawi, ministre de la défense durant 20 ans sous Moubarak, et aux commandes du pays depuis le 11 février. Sans revenir sur la dégradation de l'image de l'armée ces dernières semaines avec l’obscénité des tests de virginité sur les jeunes manifestantes, Tantawi est considéré comme le principal responsable de la lenteur du changement en Égypte. Pour illustrer la division qui touche maintenant les rangs militaires, des officiers en uniforme sont montés sur l'estrade installée place Tahrir. Ils s'estiment manipulés par l'ancien régime et refusent de trahir les idéaux de la révolution. 
En fin d'après-midi, le frappes sur la bande de Gaza quelques heures auparavant ont déchaîné le mécontentement et plusieurs centaines de manifestants ont pris la direction de l’ambassade d'Israël. Située au dernier étage d'un imposant immeuble du quartier de Guizeh, les occupants des étages inférieurs agitaient des drapeaux palestiniens en signe de soutien à la foule dans la rue. 
La réaction de l'armée à la colère exprimée par la population aura été de tirer dans la nuit -à balles réelles selon certains- sur les manifestants dont plusieurs seraient gravement blessés. Immédiatement après, des véhicules ont été incendiés. Au petit matin de samedi, la place Tahrir était encore occupée.
Alors comme l'affirme sur Twitter un activiste, la façon dont l'armée dirige le pays actuellement, prise entre ses liens avec l'ancien régime et sa promesse de réaliser les idéaux de la révolution, ressemble bel et bien à " un sévère cas de constipation".

jeudi 7 avril 2011

Dans le tourbillon du destin

L'événement est une banalité de voisinage sans nom. Mais quand l'histoire s'entrecroise et se superpose, la scène remporte ses galons d'originalité. Elle a lieu à quelques enjambées au sud de la Place Tahrir, à Garden City, le long de la rive droite du Nil. Crée au début du XXième siècle et longtemps réputé luxueux, ce quartier  central du Caire abrite encore quelques ambassades dont celles des États-Unis et du Royaume-Uni. Aujourd'hui, ses rues sont jalonnées de palais décrépis que les Égyptiens affectionnent puisque l'architecture reflète à elle seule la grandeur de l'Égypte, bien avant le renversement de la monarchie par l'armée en 1952. Et en ces temps de révolution, l'espoir de voir renaitre cette aura imprègne les cœurs.     
C'est dans l'un de ces palais que les co-propriétaires d'un immeuble des alentours viennent tenir leur première réunion post-révolution. Les fauteuils et chaises disposés en cercle, sous un imposant lustre et sur un parquet rongé, dans ce qui devait être la salle de bal, forment malgré eux un tourbillon de destinées. 
Que ce soit ce palais poussiéreux de 3700 mètres carrés aujourd'hui en vente (12 millions d'€, avis aux intéressés), l'immeuble en question et même ses habitants, tous ont été les témoins des développements de l'Égypte et de ses révolutions actuelles ou passées. Ils se retrouvent ici pour mettre de l'ordre dans la gestion de leur bien commun, après des années de négligence. Nouvelle Égypte, nouveau départ.
Réunion de co-propriétaires dans un ancien palais.
Ce palais est la propriété des nombreux héritiers de Fouad Serageddine, figure marquante de l'histoire du pays pour son rôle d'opposant à Moubarak, décédée en 2000 à l'âge de 90 ans. Dirigeant du Wadf  ("Délégation") parti politique né en 1919 en réaction à la présence britannique, ministre de l'intérieur et des finances de 1950 à 1952, Serageddine a été délogé par les Officiers libres, avant un retour sur la scène politique en 1984. Malgré le peu de marge laissé par le raïs, Serageddine a su manœuvrer habilement pour faire preuve d'un réel talent politique et imposer le Wafd dans le semblant pluraliste de l'époque, notamment grâce à ses tribunes dans le journal du même nom.
La construction de l'immeuble sujet des discussions a été ordonnée par le Prince Ahmed Seifeddin, décédé en 1937 à l'âge de 60 ans, petit-fils de Mohamed Ali (vice-roi mort au Caire le 2 août 1849) et beau-frère du roi Fouad Ier, pacha d'Égypte de 1917 à 1922.
Résumée en quelques lignes, la vie de Seifeddin bascule une nuit de 1898 quand il blesse gravement par un coup de feu tiré dans la gorge, le violent roi Fouad Ier pour protéger sa sœur maltraitée. S'en suivent, pour laver l'affront, 25 années dans un hôpital psychiatrique d'Angleterre, puis une évasion rocambolesque et un séjour à Istanbul. Sur les berges du Bosphore, il mènera combat pour récupérer l'immense fortune laissée derrière lui pendant cet exil forcé. Elle sera des années plus tard nationalisée, avec quelques parcelles revendues à des particuliers.
C'est donc dans le palais d'un des premiers opposants à Moubarak,  que les co-propriétaires d'un immeuble bâti par l'ancienne famille royale et saisi un temps par l'État, rassemblent les volontés pour redonner éclat à un édifice qui pourrait facilement être inscrit au patrimoine architectural national. Plongés dans l'apathie pendant des décennies, voilà que la révolution vient rafraichir leur enthousiasme. 
Au centre des discussions : le "Bawab". Installé à l'entrée de la plupart des immeubles du Caire, ce portier est aussi chargé de l'intendance. Mais après 30 années de service, voilà que ses dépassements ont assez duré. Le toit de l'immeuble est occupé par la famille des collègues, qui de là-haut jettent leurs détritus ménagers dans la cour intérieure. Il y aussi les plants de marijuana, les chambres de services illégalement louées, les parties de foot qui ravagent les antennes satellites et les nerfs des habitants, la saleté continuelle des escaliers, sans compter cette façon désormais outrancière de se considérer comme le maître des lieux. Peut-être une déformation professionnelle : les bawabs étaient considérés à une certaine époque comme des indicateurs à la solde de la toute puissante sûreté d'État.  Alors trop c'est trop, il doit partir.
Une tempête dans un verre d'eau, cette réunion de copropriété. Il n'empêche qu'elle décrit les changements actuels de l'Égypte : lents, timides et souvent gauches. La mue prendra des années, mais rien ne sera plus comme avant. 

lundi 4 avril 2011

La floraison des partis politiques

Grâce à la nouvelle constitution "intérimaire", les conditions de création d'un parti politique ont été allégées.
Alors que sous Moubarak, il fallait l'approbation d'un comité dirigé par le président de l'Assemblée du peuple (chambre haute du parlement), d'ailleurs un personnage central du Parti National Démocratique (PND) anciennement au pouvoir, il suffit désormais de 5000 membres pour l'enregistrement officiel d'une formation politique. La loi ne séduit pas tout le monde mais il n'empêche qu'aujourd'hui, dans l'objectif des élections législatives de septembre prochain, la tendance du moment est de vouloir créer un parti.
Même le milliardaire Naguib Sawirès se lance en politique.
Le premier reconnu depuis la chute de l'ancien régime, et après 15 ans de lutte, est "Al Wassat" (Le Centre) avec une idéologie proche du parti Turc au pouvoir "Justice et développement" d'inspiration islamique mais qui séduit aussi un électorat laïque. Même le magnat des télécommunications Naguib Sawires (Orascom Telecom), milliardaire respecté car soucieux de développement et loin des affaires de corruption, affirme vouloir son " Parti des Égyptiens libres" avec un accent marqué en faveur de la jeunesse pour la promotion de leur futur. Bien sûr, les anciens du régime déchu ont aussi des ambitions, même si le PND est toujours en place malgré les demandes répétées depuis le 11 février (chute de Moubarak) de le dissoudre.
Entre ces trois regroupements, il en existe de nombreux autres moins médiatiques qui se livrent tous à la même course : remporter au plus vite les 5000 adhésions indispensables. C'est-à-dire beaucoup de bruit pour des programmes qui restent inconnus en dehors des grandes lignes. Dans la population égyptienne ces nouveaux acteurs, qui s'essaient pour la première fois au jeu démocratique, avec toutes les maladresses que cela implique, sont inconnus. La multiplication des reconnaissance officielles promet aussi une dilution des forces, tant les compromis ou regroupements politiques semblent pour le moment inconcevables. Car après des années d'asphyxie, chaque égyptien veut s'approprier une parcelle de pouvoir dans la prochaine Assemblée du peuple. La campagne électorale n'a pas encore commencé, mais la fragmentation des voix pourrait bien être un de ses caractères majeurs. Pour n'ajouter qu'un peu plus à la confusion ambiante... et laisser la place aux joueurs à l'esprit de caste de l'ère Moubarak.

samedi 2 avril 2011

Le nouvel élan de la révolution

La place Tahrir reste mobilisée (Photo: AFP)
Ce n'était pas le million attendu. Mais les 100 000 personnes, selon les estimations les plus favorables, revenues investir hier la place Tahrir du Caire - sous un soleil de plomb - se traduit comme un succès à l'appel lancé pour remettre la révolution sur les bons rails. Un climat qui a aussi rappelé que si l'étincelle tunisienne avait eu lieu dans la fournaise de l'été, les répercutions en Égypte n'auraient jamais pris la même ampleur populaire, ou en tous cas pas à deux semaines d'intervalle. Face aux tentatives politiques actuelles de confisquer les résultats de la révolte à ses auteurs, même la nature est venue apporter un avertissement: en début d'après-midi, la terre a fortement grondé avec un tremblement de 6.2 et plusieurs répliques. (Mais je n'y vois pas un clin d'œil au titre de ce blog!). 
Comme pour un donner un gage de confiance aux manifestants, un nouveau pas important dans la révolution a cependant été franchi jeudi 31 mars par le nouveau gouvernement en place, avec le remplacement très attendu et demandé des deux principales têtes pensantes pro-Hosni et Gamal Moubarak du tentaculaire groupe de presse public Al-Ahram. La purge a d'ailleurs touché les principales publications affiliées au PND (Parti National Démocratique, dont Hosni Moubarak était le président). Il aura fallu attendre près de deux mois pour l'obtenir. Pas si long après 30 ans de domination. Le spectaculaire retournement de veste d'Al-Ahram au lendemain de la chute du raïs, avec une ligne éditoriale subitement devenue pro-révolution n'aura pas été suffisant pour leurrer les Égyptiens qui l'ont perçu comme le comble du ridicule.
Parallèlement, les tentatives d'annuler, ou au moins de minimiser l'importance du rassemblement de ce vendredi 1er avril, se sont multipliées la semaine dernière par voie de réseaux sociaux. La contre-révolution est encore ardemment animée par les forces de l'ancien régime, mais elles n'ont pas réussi à agiter l'épouvantail des Frères musulmans. Hier, sur la place Tahrir, ils n'étaient pas présents, et la mise en garde des manifestants leur était indirectement adressée.
Une question reste cependant sur toutes les lèvres. Comment, le tonitruant Zahi Hawass, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes sous Moubarak, soupçonné de trafic et de prise d'intérêt personnel, et donc associé à la corruption de l'ancien régime, a-t-il bénéficié d'une promotion dans la nouvelle équipe gouvernementale pourtant "à l'écoute de la révolution"? Promu Ministre des antiquités, le mystère reste entier.  

vendredi 25 mars 2011

Un épais brouillard politique

Le premier ministre fait le tour des plateaux de télévision, honore les présentateurs vedettes par sa présence, se fend en déclarations diverses... Il n'empêche que la situation politique reste extrêmement confuse depuis le samedi 19 mars, après la tenue du referendum sur les amendements constitutionnels. Avec un malaise diffus et amère : celui de vivre, en silence, une contre-révolution. D'ailleurs, si c'était faux, Essam Sharaf  aurait déjà placé de nouveaux rédacteurs en chef dans les quotidiens gouvernementaux. Mais l'avancée révolutionnaire n'est, sur ce plan, pas très flamboyante.
Les jeunes femmes sont victimes des militaires.
La population attend toujours la déclaration du Conseil suprême des forces armées, aux commandes du pays depuis le 11 février, sur le calendrier politique et en particulier la date des prochaines élections parlementaires et présidentielles. Alors que les jeunes révolutionnaires du 25 janvier apparaissent désemparés et même dépassés par la victoire du "Oui", en raison de leur inexpérience politique de terrain face au mouvement des Frères musulmans socialement très implantés. Alors, comme par impuissance, ils imaginent sur un ton blagueur ce que pourrait être le futur de l'Égypte si cette force venait à réellement prendre le pouvoir. Une attitude qui trahit en réalité une inaptitude à évaluer la situation politique dans son ensemble.
Leurs manifestations se poursuivent, notamment pour réclamer le départ des doyens membres du PND (le parti de Moubarak) à l'Université du Caire, d'où étudiants et professeurs ont été violemment délogés par l'armée mercerdi dernier. Ce jour-même où l'équipe gouvernementale a approuvé une loi criminalisant les grèves et manifestations et tous ceux qui appellent à leur organisation. Sous peine de subir une sanction de 500 000 Livres Égyptiennes (60 000 € ) ou de la prison. Mercredi dernier c'était aussi la reprise des échanges boursiers au Caire, après 50 jours de suspension. Pour rassurer les investisseurs, il fallait bien qu'ils puissent compter sur un fonctionnement normal des entreprises avec des ouvriers sagement dédiés à la tâche.
Les Égyptiens croyaient vivre sous la loi martiale et voilà que le gouvernement approuve une loi qui ne sera pas passée par le parlement, puisqu'il n'existe plus.... Au niveau juridique, c'est aussi le flou complet.  Mais personne ne semble s'en soucier. Ce qui fait scandale en ce moment, et qui est passé sous silence par la presse gouvernementale, ce sont les tests de virginité effectués par l'armée sur les jeunes manifestantes.
Des faits qui révèlent l'animalité cruelle des actuels détenteurs du pouvoir, mais qui font aussi partie du grand social actuel : s'amuser à se faire peur. Les salafistes déclarent que la victoire du "Oui" au dernier référendum est celle de la religion, d'autres se demandent si l'Égypte pourrait connaitre un régime iranien. Mais rien, dans les manifestations en cours, sur les questions touchant le sensible futur politique du pays. Et même pas cette simple revendication: que la prochaine constitution, qui sera rédigée par une commission parlementaire, soit approuvée par référendum.